La Gratitude, le propre de l’homme.

“J’ai peur, j’ai peur de l’ingratitude”

Marina Tsvetaeva, Lettres à Rainer Maria Rilke

 

GRATITUDE ET RECONNAISSANCE

Personne ne peut dire qu’à un certain moment de sa vie, il n’a pas été redevable envers autrui.  Chacun au fond de lui-même a ressenti un jour ce sentiment d’avoir été le débiteur de l’autre et par là même, du devoir de lui témoigner de la reconnaissance, de la gratitude.

En effet, nous avons tous rencontré au sein de notre entourage, une personne qui a reçu les faveurs d’une autre personne.

Ce sentiment de gratitude n’a rien de honteux, il participe du lien qui nous unit à notre entourage et améliore notre relation avec nos proches et nos lointains.

Par ailleurs, les êtres-humains sont interdépendants, et rien n’est plus évident dans la vie que l’élaboration de liens, de relations humaines qui nous sécurisent, nous accompagnent et nous construisent.  

Il paraît évident que nous nous tournons facilement vers la personne qui nous veut du bien. 

 

ENVIE, ORGUEIL ET GRATITUDE

Toutefois, il est vrai qu’un sentiment d’orgueil nous empêche parfois de reconnaître notre dette et  nous soustrait à un quelconque remerciement.

Ainsi, il devient aisé de nous approprier le bien d’autrui  et d’éprouver un sentiment d’ingratitude à son égard en pensant même qu’il aurait pu faire plus, puisque beaucoup nous semble toujours trop peu. 

Selon Melanie Klein, notamment, un sentiment d’envie face à ce type de personnes bienfaisantes est classique, il est l’expression d’une pulsion de mort. D’autant plus que le bien que l’autre nous fait nous inscrit dans une dépendance à son égard, et dans ce cas, il n’est pas simplement nécessaire de se l’approprier, mais il faudra le détruire.

En ce sens, l’envie est l’inverse de la gratitude pour Melanie Klein. Et si l’enfant est plein de gratitude à l’égard de sa mère, il pourra par la suite entretenir des relations amoureuses saines, si la gratitude n’est pas excessive et si l’envie n’est pas trop intense.

A l’âge adulte, l’attitude négative (l’envie) nous fait du mal et abîme notre bien-être social. Sans oublier que cette manière de désavouer le bien reçu se transformera parfois en un gage de mauvaise santé.

Et si l’on manque de sincérité et d’authenticité, la gratitude demeurera inefficace.

Pour certaines personnes,  sitôt le bienfait reçu, le pouvoir de gratitude diminue et les relations sociales cordiales s’amenuisent, le cercle vertueux s’éteint lentement.

Le désir profond et inavoué est de se libérer de toute faveur qui nous a été faite, notre enthousiasme envers la gentillesse s’estompe ainsi et au fil des jours, nous perdons les raisons de nous montrer reconnaissants. 

Le plus souvent, selon Mélanie Klein, nous regardons d’un œil envieux ceux qui nous ont porté secours.

souvent, nous ne parvenons pas à comprendre que nous avons besoin des autres pour exister et que la reconnaissance nous aide à vivre tout en valorisant notre existence et notre confiance en nous-mêmes.

Nous feignons d’oublier de remercier celui qui a bien voulu poser son regard sur nous au moment de notre détresse et feignons d’oublier l’émotion de reconnaissance que nous avons eu à cet instant là. 

Celui qui va vers l’autre, qui  se soucie de lui, qui lui donne de son temps, anéantit les émotions négatives le concernant.

 

ALTRUISME ET GRATITUDE

Ainsi, un comportement altruiste rapproche des émotions positives. Chacun se sentira apprécié des autres et aura une image positive de lui-même. en ce sens, l’altruisme devient non seulement un devoir éthique mais une stratégie positive sociale et humaine.

La gratitude est une qualité qui s’apprend. Elle se cultive également de telle sorte que la dette se transforme en reconnaissance et en bienveillance.  S’exercer à pratiquer la gratitude détourne l’attention du moi égotiste pour la diriger davantage vers les autres. 

En réussissant à nous décentrer de nous-même, notre relation avec les autres deviendra beaucoup plus féconde et chaleureuse. Notre lien avec les autres s’en trouvera enrichi et nous pourrons constater le changement positif qui s’élabore en nous.